Qu’est-ce que le Vipassana ?

La méditation est une discipline qui devient très tendance, elle se démocratise, et, de ce fait, sa valeur s’en retrouve altérée. Ici, nous proposons une pratique de la méditation telle qu’elle fut enseignée par le Bouddha Shakyamuni à travers le Satthipathāna et retransmise fidèlement depuis 2500 ans, c’est à dire que nous lui conservons sa portée spirituelle, estimant comme secondaires les impacts qu’elle aura immanquablement sur toutes les strates de la personne.

Le Vipassanā ne demande pas un grand savoir mais exige une grande détermination. Il est dit que le pratiquant sincère doit se sentir comme un noyé cherchant à sortir la tête de l’eau pour respirer. Cette image sert à mettre en évidence le caractère de nécessité et d’urgence.

Notre plus grand problème est de réduire la méditation à une activité de la vie ordinaire dans des sociétés où tout doit être acquis facilement, rapidement avec un maximum de bénéfices. Du reste, « on » a fait de la méditation une action : « on » a créé le verbe « méditer » alors que la méditation est un état. Le verbe « méditer » n’existe pas à l’origine, c’est en occident qu’il a vu le jour. Et un « état » ne s’apprend pas, nous pouvons simplement en faire l’expérience. Seuls les moyens de favoriser son établissement peuvent être mis en œuvre.

Cependant, elle agit en profondeur, sur les aspects subtils de notre être, si bien que nos sens grossiers n’en perçoivent pas les effets. Elle est capable de révolutionner complètement le regard que nous portons sur les choses, sur les évènements, sur les autres, sur nous-mêmes et sur tous les concepts qui régissent actuellement notre relation au monde de la manifestation. Mais pour cela, il convient de s’engager dans une pratique quotidienne : au début 10 à 15 minutes, puis avec l’habitude, la durée doit être augmentée.

La méditation se décline en deux étapes :

Samatha : fixer l’attention sur un seul point dans le but d‘apaiser le mental et le détourner de ses conditionnements pour le maintenir dans « l’Instant Présent ». Les pensées liées au passé, au futur et aux préoccupations du moment, que nous prenons pour réelles et auxquelles nous nous identifions, ne viennent plus, grâce au maintien de la concentration, troubler le calme mental. (Ceci ne veut pas dire qu’elles ne s’élèvent plus, mais simplement qu’elles ne sont plus un obstacle à l’établissement de l’attention sur un « objet ».)

Vipassanā : qui littéralement veut dire « regarder à travers » ou « vision profonde » ou « vision pénétrante ». L’attention n’est plus figée comme dans « samatha », elle est fluide et prend en compte tout ce qui se présente dans l’espace de la conscience. Ainsi pouvons-nous observer les mécanismes du mental afin d’en déraciner ce que l’on appelle les 3 erreurs.

Ces dernières seraient la source de tous les tourments passés, présents et à venir de l’humanité car, même si aujourd’hui nous n’en avons qu’un ressenti partiel, ce monde, comme cela a déjà été énoncé, est souffrance.

Les 3 erreurs de l’esprit

photo : David Zawila

Nous les citons dans un certain ordre mais toutes trois ont la même puissance d’égarement et en déraciner une, revient à éradiquer les 3.

L’impermanence : à chaque seconde, tout change, tout se transforme ; bien-sûr, nous le savons mais, comme nous n’intégrons pas pleinement cette « loi » incontournable de l’univers, nous nous attachons aux phénomènes et sommes toujours déçus lors de leur altération ou destruction. Nous nous trompons sur leur nature et de ce fait, sur notre propre nature.

L’insatisfaction : notre monde (humain) est celui du désir. Nous sommes nés du désir et ce sentiment nous meut tout au long de notre existence. Mais, nous trompant sur l’apparence des phénomènes, nous pensons que leur possession nous apportera bonheur et satisfaction. Ainsi l’avidité nous pousse d’un désir à l’autre, d’un plaisir à l’autre avec tout un édifice de préservation des acquis qui consolide nos sentiments de peur et d’individualisme. À d’autres moments, c’est l’aversion qui s’élève face aux évènements indésirables sans compter la déception, la colère et la frustration quand notre convoitise est inassouvie. Il ne s’agit pas d’aliéner le désir mais simplement de ne plus en être dépendant.

La croyance en une entité « moi », un « moi » continu, séparé qui renforce la dualité (moi et « les autres » –les autres étant considérés comme un danger) et stimule l’identification à un corps et un esprit. Ainsi passons-nous toute notre vie à rassasier ce « moi », à éviter tout ce qui pourrait le faire souffrir ou le mettre en péril, à grand renfort d’égoïsme et d’intolérance, sans nous interroger une seule seconde sur son rôle et sa véritable nature.

La Vision Profonde ou Vipassanā nous aide à apercevoir la Réalité telle qu’elle est, avec le soutien de la lecture, des Enseignements, de la pratique assise, de l’entraînement de l’esprit dans toutes les activités de la vie quotidienne, de l’expérience de la méditation. Elle répond à des préoccupations essentielles qui concernent tous les êtres : « Comment s’affranchir de la souffrance intrinsèque à toute existence? Comment s’établir dans la sérénité ? Comment s’ouvrir à un véritable bonheur ? »